Il n'y a pas de fatalité naturelle
Ce n’est pas la Terre qui « se dérègle toute seule », mais bien le système capitaliste qui organise la surexploitation des ressources, des travailleur·ses et du vivant au profit d’une minorité.
Dès qu’on regarde les choses d’un peu plus près, la crise environnementale apparaît pour ce qu’elle est : une question sociale, une question de classe, une question de lutte contre l’exploitation capitaliste et ses attaques vis-à-vis des droits et de l’emploi, au contraire de la satisfaction des besoins de la population.
Une crise globale
On parle souvent de « crise climatique », mais en réalité c’est tout une trame qui se défait : le climat se réchauffe, les écosystèmes se dégradent, la pollution due à l’activité humaine (chimique, particules fines, composés organiques volatils, métaux lourds, biologique et allergènes, pollution radioactive) imprègne l’air, l’eau, les sols, les lieux de travail et les corps.
Ces dimensions ne sont pas séparées les unes des autres, elles ont des racines communes : la dépendance aux énergies fossiles, la course à la rentabilité, l’extraction toujours plus rapide de matières premières naturelles brutes et leurs transformations, l’appropriation des ressources en eau, la production croissante de déchets ; la mise en concurrence des pays, des territoires et des salarié·es ; la recherche obstinée des droits sociaux et environnementaux les plus faibles.
La même logique qui ferme un site industriel au nom de la rentabilité financière rase une forêt, artificialise des terres agricoles ou laisse se multiplier les substances toxiques.
La responsabilité inverse
La responsabilité est sans cesse renvoyée aux individus, sommés de « faire des efforts » : prendre des douches plus courtes, trier leurs déchets, « consommer responsable ».
Mais si ces gestes comptent, ils ne doivent pas masquer l’essentiel : les responsabilités sont massivement inégales. Le capital, sous la forme entre autres de grandes firmes et de grandes fortunes, pèse une part disproportionnée des émissions et des pollutions, tout en distribuant des dividendes records, du fait de l’exploitation des travailleur·ses et de leur habitat : « la terre ».
Les gouvernements, eux, continuent trop souvent à accompagner ce mouvement : refus d’encadrer par des lois contraignantes, dérégulation, privatisations, « simplification », accords de libre-échange, baisses d’impôts pour les plus grosses entreprises, flexibilisation du travail, recul des services publics. Les coûts réels – sur la santé, les territoires, la qualité de vie – sont reportés sur les travailleur·ses, les habitant·es, les générations futures.
À l’inverse, les classes populaires sont à la fois les moins responsables et les plus exposées. Elles vivent davantage dans des logements mal isolés, près des axes routiers et des sites industriels, dans des quartiers, dans des villes, dans des territoires où l’accès aux transports collectifs, aux espaces verts, aux services publics est plus difficile.
Elles subissent les vagues de chaleur sur les chantiers, dans les ateliers, les entrepôts, les cuisines, les services de soin ; elles subissent les horaires décalés, les temps de trajet toujours plus longs. Les conséquences de la destruction de cette planète qui nous héberge ne sont pas « les mêmes pour tout le monde » : elles aggravent les inégalités existantes, elles frappent plus fort là où les protections sociales, syndicales et territoriales sont déjà fragilisées.
Une adaptation injuste ou une transition juste
C’est dans ce paysage que s’imposent deux enjeux indissociables : atténuer le dérèglement climatique – en réduisant radicalement les émissions et les pollutions – et s’y adapter pour protéger la santé, les conditions de vie et de travail.
Atténuation et adaptation de quoi, et pour qui ? Là encore, deux voies se dessinent. La première, déjà à l’œuvre, consiste à demander aux plus modestes de se « débrouiller » : travailler malgré la chaleur, payer plus cher l’énergie ou l’eau, accepter des restrictions pendant que d’autres continuent de surconsommer ; accepter des fermetures de sites au nom du climat pendant que les multinationales maintiennent leurs profits et délocalisent leurs émissions ; laisser les territoires les plus vulnérables encaisser les chocs en silence, comme si polluer en Asie n’avait pas de répercussion sur le reste de la planète.
La seconde voie, celle que nous voulons ouvrir, considère l’atténuation et l’adaptation comme des droits et un terrain de luttes sociales : droit à des logements dignes et correctement isolés, droit à des conditions de travail compatibles avec la santé, droit à des services publics robustes (eau, énergie, santé, transport, éducation), droit à une reconversion des productions polluantes sans pertes d’emplois ni de salaires, droit à des territoires vivables, aménagés en pensant d’abord aux besoins sociaux et au respect du vivant.
Au cœur de nos luttes
Pour la CGT, l’environnement n’est pas un sujet « annexe » qu’on ajouterait à la fin des revendications, c’est un fil qui traverse toutes nos batailles : l’emploi, les salaires, la formation, le contenu du travail, la santé, le logement, l’organisation des transports, l’avenir industriel des territoires. Refuser que la transition se fasse contre les travailleur·ses, refuser que l’atténuation et l’adaptation se traduisent par plus de précarité, plus de pénibilité et plus d’injustice, c’est au cœur de notre mandat syndical.
À l’heure où un dollar est investi pour protéger la nature contre trente pour la détruire, alors que le GIEC et l’IPBES alertent depuis des décennies, sur la base d’un consensus scientifique incontestable, sur la nécessité de transformer nos modes de production et de consommation, l’action ne peut plus être différée. D’autant que le coût d’une transition juste, fondée sur l’atténuation et l’adaptation, est sans commune mesure avec celui de l’inaction.
Comprendre, agir, lutter
Ce livret part donc d’une conviction simple : comprendre la crise environnementale comme une crise sociale et de classe est une condition pour mieux s’y confronter et ne pas la subir.
Il ne s’agit pas seulement de « limiter les dégâts », mais de reprendre la main sur ce qui est produit, comment, pour quels besoins, avec quels effets sur notre santé, sur la nature, sur les générations à venir. Adapter nos sociétés au réchauffement, oui – mais en transformant profondément l’appareil productif, avec pour objectif ultime la socialisation de l’outil, en renforçant les droits des travailleur·ses, en construisant du pouvoir d’intervention dans les entreprises, les branches, les filières, et les services publics dans les territoires.
C’est à cette tâche que ce livret veut contribuer : donner des repères pour comprendre, et surtout des points d’appui pour lutter.
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Sommaire
CHAPITRE 1 – RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE : TRAVAIL, VIE QUOTIDIENNE
1. Impacts sur la santé et les conditions de travail
A. Chaleur au travail : quand le climat devient un risque professionnel
A.1. Impacts concrets sur le travail et la vie quotidienne
A.2. Revendications CGT dans l’entreprise ou l’administration
- Aménagement des horaires en période de canicule
- Renforcement des protections des travailleur·ses en extérieur (BTP, agriculture…)
- Droit d’alerte pour danger grave et imminent
- Droit de retrait face aux conditions climatiques extrêmes
- Intégration du climat dans les plans de prévention des risques en les renforçant
B. Pollution de l’air : un tueur silencieux qui frappe d’abord les classes populaires et leurs enfants
B.1. Impacts concrets sur le travail et la vie quotidienne
B.2. Revendications CGT dans l’entreprise ou l’administration
- Exploitation des données de durabilité de l’entreprise, de la collectivité ou de l’administration, pour lutter contre les pollutions qui en sont issues
- Mobilité plus durable financée par l’employeur
2. Catastrophes « naturelles » et vulnérabilité des infrastructures, des territoires… jusqu’aux risques industriels
3. Services publics en tension
A. L’exemple de l’éducation et du bâti scolaire
CHAPITRE 2 – LES PFAS ET LA POLLUTION CHIMIQUE : UN SCANDALE SANITAIRE ET SOCIAL
1. Qu’est-ce que les PFAS (produits chimiques per- et polyfluoroalkylés, omniprésents et dangereux) ?
2. Actions possibles pour les représentant·es du personnel et les syndicats
A. Premiers repères syndicaux
B. Les droits de base des élu·es du CSE et de la commission SSCT
C. D’autres outils puissants existent
- Le droit d’alerte environnemental
- Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) « chimique »
- Expertise CSE en cas de risque grave
- Référence au PNSE et aux données publiques
CHAPITRE 3 – ADAPTATION JUSTE – PARTIR DU TRAVAIL : LA DÉMARCHE CGT
1. Documenter : rendre visibles les situations
2. Nommer les causes et les responsables : ce n’est pas la météo, ce sont des choix
3. Transformer : faire des constats des leviers de lutte
4. Rendre visible les situations et les faire prendre en compte
A. Dans la négociation collective
B. Dans l’espace public et les territoires
CHAPITRE 4 – LES REVENDICATIONS CGT POUR UNE TRANSITION ÉCOLOGIQUE JUSTE
1. Planification démocratique de la transition industrielle
2. Reconversion des sites polluants : dépollution, transformation industrielle et protection des emplois
3. Faire de la formation continue un pilier de la transition écologique et industrielle
4. L’école au coeur des enjeux climatiques
5. Renforcer les normes environnementales et les capacités de contrôle public
6. Des besoins de financement à la hauteur des transformations à engager