Le capitalisme, ogre mangeur d’emplois
Le bout du tunnel ? En tout cas, si l’avenir des 670 emplois des sites de Saint-Gaudens (31) et Tarascon (13) et le projet de redémarrage de la Chapelle Darblay (76) restent incertains, l’annonce d’un projet de reprise du groupe par le banquier Mathieu Pigasse a été une bouffée d’espoir pour les salarié·es, après plus de six mois d’incertitudes – et de lutte.
Fibre Excellence est une victime de plus de l’hémorragie qui frappe l’industrie française. Dans un courrier au ministre de l’Industrie en janvier 2026, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT listait notamment trois causes de la casse de la filière bois-papier :
- libéralisation sauvage du marché de l’énergie et absence de régulation du bois, laissant des industriels se livrer à une guerre des subventions sur le dos des salarié·es ;
- chantage à l’emploi et suppression de postes sous couvert de transition énergétique, alors que les aides publiques sont détournées vers les actionnaires ;
- menace sous la souveraineté énergétique française et précarisation accrue des travailleur·ses.
Pour préserver les milliers d’emplois directs et indirects menacés, elle listait un ensemble de mesures concrètes parmi lesquelles :
- un plan d’urgence pour les sites de Saint-Gaudens, Tarascon et Chapelle Darblay : nationalisation si nécessaire, embauches statutaires, fin des licenciements ;
- la régulation du marché du bois : interdiction de la spéculation et garantie d’un approvisionnement équitable pour toutes les filières (bois-énergie, papeterie, construction) ;
- le retour à un service public de l’énergie : sortie des logiques de marché pour l’électricité et le gaz.
Les salarié·es mobilisé·es
Considérant la menace planant sur leur entreprise, les salarié·es ne sont pas resté·es inactif·ves – bien au contraire. Extrêmement mobilisé·es, elles et ils sont allé·es jusqu’à construire un projet industriel d’avenir, articulé à la relance du site de Chapelle Darblay, cette base ambitieuse concernait l’avenir de toute la filière.
Malheureusement, le tribunal de commerce de Toulouse placera l’entreprise en redressement judiciaire le 27 avril, lui laissant six mois maximum pour trouver un repreneur.
C’est désormais chose faite. Le banquier Matthieu Pigasse s’est en effet positionné sur la reprise du site, poussant le tribunal à repousser l’audience du 17 juin au 6 juillet pour étudier le dossier.
Pour défendre l’avenir du groupe et interpeller les pouvoirs publics, après bien d’autres initiatives, une mobilisation s’est tenue le 18 juin dernier sur le site de Saint-Gaudens, en présence de Sophie Binet. Un autre rassemblement était organisé simultanément sur celui de Tarascon.
Au programme : présentation d’un projet d’avenir pour Fibre Excellence, et des conditions nécessaire à sa réussite, meeting et prises de parole par les salarié·es de l’intersyndicale, et visite du site industriel avec présentation des enjeux économiques, sociaux et environnementaux liés à la pérennité de Fibre Excellence.
« Nous avons déplacé des montagnes […], déjoué le scénario que les vautours avaient calé dans notre dos », a déclaré Sophie Binet lors de son intervention. « Nous avons réussi à trouver un investisseur français sérieux, solide, intéressé pour investir le moyen-long terme », a-t-elle poursuivi, avant de placer l’État devant ses responsabilités : « Maintenant, c’est à l’État d’être au rendez-vous et de lever les conditions suspensives. »

